In Saviez-vous que

Démystifions les zones inondables

Si vous l’ignoriez encore, le Québec est actuellement aux prises avec des inondations printanières historiques.  J’y ai vu une opportunité d’écrire ce billet et de vous fournir quelques explications sur les fameuses zones inondables.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, toute l’équipe de Legault-Trudeau désir souhaiter, du fond du cœur, bon courage à tous les sinistrés et leurs proches.  Nous demeurons à votre service pour toutes questions relatives à l’arpentage et aux questions que ce texte pourrait soulever.

 

Une histoire de statistiques

Pour mieux expliquer la problématique, faisons donc une petite mise en situation. Vous achetez, par exemple, la maison de vos rêves près de la rivière des Mille-Iles. Au moment de passer chez le notaire, pour signer l’acte d’achat, celui-ci vous informe que le certificat de localisation préparé par l’arpenteur-géomètre indique que votre nouvelle demeure est située en partie en zone d’inondation de 100 ans et pas du tout dans la zone de 20 ans. Bon, comme la moyenne des ours, vous comprenez qu’il y a des chances que vous vous retrouviez les pieds dans l’eau un moment donné, mais à part de ça…? (Son de criquet) …Qu’est-ce que ça signifie réellement tout ça ?

D’abord une zone inondable ça fait partie de ce qu’on appelle une zone à risque. Il y a divers types de zones à risque (par exemple une zone à risque de glissement de terrain) dans lesquelles on retrouve notamment les zones inondables.

Il s’agit donc d’un risque et le fait d’être situé dans une telle zone ne signifie pas nécessairement que vous serez inondé au printemps, mais que les probabilités ou les statistiques jouent contre vous. Au final, c’est principalement de ça dont il est question, de statistiques.

 

Petit retour dans le temps

À la fin des années 70, suite à des crues importantes de l’époque, les gouvernements du Québec et du Canada se sont entendus pour créer un programme de cartographie des zones inondables sur les principaux cours d’eau Québécois (1976-1996).  En fait, là où l’on retrouvait le plus de population. Car bien que TOUS les cours d’eau, petits ou grands, soient sujet à débordement, seul ceux où il pouvait y avoir dommage aux propriétés ont été cartographiés. Les motivations derrière ce programme relèvent de considérations économiques, politiques et de sécurité civile. Il fallait, dans un Québec moderne, pouvoir non seulement assurer la sécurité des citoyens vivant près de ces cours d’eau, mais il fallait aussi permette aux banques et assureurs de connaître les risques qu’ils supportaient en finançant ou en assurant ces propriétés.

Les premières cartes ont d’abord été créées en cartographiant les images aériennes et autres données des inondations ayant eu lieu notamment en 1974 (les années peuvent varier selon les cours d’eau et les régions). Puis, au fil des années, le programme a évolué en programme de détermination des cotes de crues (1997-2004) et ces données ont été intégrées, par la suite, au schéma d’aménagement des MRC puis aux règlements de zonage des municipalités. Ces cotes, qui représentent un niveau d’élévation sur le terrain, ont été établies l’aide de calculs de débit faits par des ingénieurs et des hydrologues, à l’aide de nouveaux moyens de captage de données (photogrammétrie, Orthophoto, Lidar), liés notamment au travail de l’arpenteur-géomètre. Avec les années, les cartes se sont donc précisées et raffinées.

Cependant, le principe de base est demeuré le même un risque statistique. Ce risque a été défini ou séparé principalement en 2 grandes zones, soit la zone de grand courant de 20 ans et la zone de faible courant de 100 ans.

 

Concrètement qu’est-ce que ça signifie ?

Et bien, comme dans mon exemple du début, si votre propriété est en partie dans la zone de 100 ans, vous devriez statistiquement vous retrouver dans la flotte une fois par 100 ans. Et vous aurez compris, qu’il en va de même pour la zone de 20 ans.

La position de la zone quant à elle, c’est-à-dire la ligne imaginaire ou réelle où l’eau devrait monter, dans notre exemple une fois par 100 ans, a été établie selon une cote de niveau ou autrement une élévation sur le terrain, en référence au niveau moyen des mers.

Ce chiffre a été déterminé par le gouvernement dans le cadre du programme et avec les moyens précités.  Et c’est principalement à l’arpenteur-géomètre que revient le travail de rétablir cette ligne sur le terrain, à l’aide de levés topographiques (c’est-à-dire un levé ou mesurage du niveau ou de l’élévation du terrain), que ce soit dans le cadre de travaux d’arpentage pour une nouvelle construction ou dans le cadre de la préparation d’un certificat de localisation. C’est donc lui qui permet de valider sur les lieux les données du gouvernement et de les corriger au besoin.

Son travail est très important, car on ne fait pas ce qu’on veut en zone inondable ! Le fait, par exemple, de construire une résidence dans cette zone va non seulement modifier la fameuse ligne, mais aggraver le problème d’inondation. Le principe étant que l’espace que l’eau (et parfois la glace) ne peut plus prendre en raison du nouveau bâtiment, elle va le prendre ailleurs. Le débit du cours d’eau va être augmenté, etc.

Il y a aussi la principale question des assureurs et des financiers qui refusent de plus en plus de supporter les risques liés aux propriétés situées dans de telles zones. Spécialement dans la zone de 20 ans où il n’y a plus moyen de rien faire, sauf si on est en situation de droits acquis et encore…même ajouter un 2e étage à une propriété, sans agrandir son empreinte au sol, risque d’être refusé !

 

Alors que devons-nous faire?

Sans faire de mauvais jeux de mots, il faut savoir dans quel bateau on s’embarque. Demandez toujours l’avis d’un professionnel en cas de doute.

Enfin, sans être moralisateur et comme sur bien d’autres points, il serait temps d’amorcer une réflexion collective sur nos choix et leurs impacts sur le réchauffement et les changements climatiques. Des situations exceptionnelles comme celles de cette année et de 2017, ne sont appelées qu’à se reproduire si nous n’amorçons pas des changements collectifs importants.

Aucun programme de cartographie ne pourra jamais suivre la rapidité de tous ces changements et nous protéger contre les sinistres causés par ceux-ci…